Découverte/ Prise de possession

     Depuis 3 ans Olivier Nord s’est attaché à rendre compte du nouveau paysage des campagnes françaises à la périphérie des agglomérations vouées à l’expansion. D’anciennes zones agricoles ont été touchées par les Plans d’Occupations des Sols puis par les Plans Locaux d’Urbanisme qui succédant l’un à l’autre n’ont pas dérogés à leurs règlements confits en bonnes intentions : couleur des façades, inclinaison et matériaux des toitures, sensés à la fois harmoniser chaque région et diversifier le territoire. Qu’observe-t-on aujourd’hui ? Un clonage des formes, des taches, des enclos dans le paysage, dont on a du mal – ou peut-être trop de facilité au contraire- à imaginer ce qu’il leur adviendra dans deux générations et plus. Une grande partie de la surface du pays sera tour à tour recouverte de copies de fermes beaujolaises, de mas provençaux, de maisons de pêcheurs bretons, qui n’auront de ces identités que leur forme appauvrie, et qui ne produiront, aucun patrimoine pour nos descendants.

 Le sujet est de taille, mais s’il est le socle des photographies d’Olivier Nord et est immédiatement perceptible, les enjeux politiques mis en évidence ne sauraient occulter les qualités de composition de chaque photographies, l’attention portée aux moindres détails, la maîtrise de la couleur, le juste choix du format. Bien plus, outrepassant ce qui serait nécessaire pour affirmer un propos forcément induit par sa réflexion d’architecte, Olivier Nord déborde du cadre des interrogations posées par les POS, PLU et autres règlements, et n’hésite pas à installer sa chambre photographique face à d’autres espaces : en haute montagne, sur des plages, près des camping ; élargissant son sujet à toute intrusion de l’homme dans des espaces naturels dont on perçoit encore, malgré tout, la beauté sauvage qui étaient la leur. De retour du Québec où j’avais consulté des ouvrages sur l’histoire de la Nouvelle France, il m’a semblé évident que les titres courts et radicaux des deux premier chapitres: « Découverte », « Prise de possession », soudain assemblés convenaient hélas très bien à ce que je voyais dans les photographies d’Olivier Nord : des territoires brutalement colonisés.

Décembre 2007 - Jacqueline Salmon